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Depuis ses débuts, le cinéma était considéré uniquement comme un moyen de divertissement. Plus tard, son importance s’est accrue  grâce à son rôle social et éducatif. La production et la diffusion d’œuvres cinématographiques et audiovisuelles constituent l’un des secteurs les plus dynamiques de la croissance mondiale , à cause notamment d’une augmentation fulgurante de la consommation dans les ménages.

Lorsqu’on observe les contenus des films américains et  leurs budgets colossaux, on arrive vite à la conclusion que l’industrie cinématographique peut non seulement  contribuer à créer beaucoup d’emplois mais aussi créer une influence positive sur le rayonnement international d’un pays et de sa culture. Le cinéma revêt donc une importance stratégique dans la visibilité internationale d’une nation.

La RDC est  l’un des pays les plus grands d’Afrique.  La diversité culturelle constitue l’une de ses plus grandes richesses. Pourtant, le pays tarde à développer son industrie cinématographique à une échelle continentale et mondiale,à l’image du Nigéria qui est un exemple à suivre à travers son industrie cinématographique appelée « Nollywood ».

Le succès Nigérian est-il transposable dans d’autres pays africains ? Quelles sont les principales causes du ralentissement du développement de l’industrie cinématographique en RDC ? Voici quelques éléments qui expliquent le développement lent de l’industrie de cinéma en RD Congo.

Pas de budget conséquent investi

L’industrie du cinéma est une industrie mineure, si l’on compare son chiffre d’affaires a ceux d’autres secteurs industriels en RD Congo. En revanche, si l’on replace l’industrie du film dans l’économie des médias : presse, cinéma, radio, télévision, elle apparaît comme l’une des industries les plus  coûteuses de l’audiovisuel. 

Coûteuses , tout d’abord, au niveau des investissements dans la production. Quel que soit le pays, les films sont des marchandises culturelles longues et complexes à réaliser, mais aussi extrêmement onéreuses ; un film demande de longs mois de préparation et de tournage, mobilise plusieurs collaborateurs artistiques et de techniciens spécialisés, cela revient à plusieurs millions ou dizaines de millions de dollars selon les cas : en 2020, le coût moyen d’un film s’élevait en moyenne à plus d’un millions de dollars américains. Le cinéma est aussi une industrie lourde à cause de ses conditions de diffusion.

Pour la majorité de films produits en RDC, les budgets sont loin en dessous du budget que nous avons mentionné. Certains acteurs s’auto produisent avec les moyens de subsistance à leur disposition. Vous conviendrez qu’il est difficile dans ces conditions d’assister à une avancée majeure de l’industrie. Quelques pistes majeures pourraient cependant changer la donne :  

– Des financements à caractère public ou privé doivent être accordés sous forme d’avances remboursables ou non remboursables, même s’ ils représenterons un pourcentage assez  modéré du coût de la production total. Ces financements sont indispensables pour compléter les éventuels  financements des producteurs et des diffuseurs,pour  accroître l’autonomie de la production cinématographique nationale par rapport aux bailleurs de fonds internationaux. 

– Il faut également promouvoir un accès facile au crédit bancaire pour accompagner l’investissement et le développement des entreprises de production. Mais la non-bancarisation d’une grande partie des producteurs ne facilite pas les choses. Du côté des banques,  les exigences de garanties à l’octroi d’un crédit sont souvent excessives, et les taux d’intérêt élevés du crédit sont fortement handicapants.

La non réglementation du secteur 

L’absence d’un d’encadrement proprement dit du secteur notamment concernant les conditions d’accès et d’exercice ne favorise pas le développement de son  environnement professionnel.

Le renforcement de la législation et de l’administration de l’industrie cinématographique est nécessaire afin de créer un cadre juridique et économique adapté à son développement.

Par ailleurs, la mise en place d’un environnement fiscal susceptible d’alléger les charges des entreprises qui se trouvent aux stades les plus stratégiques ou les plus fragiles de la filière est nécessaire. L’absence d’un cadre fiscal spécifique pénalise, par le cumul de taxes, les entreprises du secteur de la diffusion, notamment au niveau de l’exploitation cinématographique où la pression fiscale aboutit à des situations réellement abusives.

Aucune (ou presque) présence sur les plateformes en ligne

A l’ère du numérique ou nous sommes, il est indispensable de se tailler une place de choix sur l’une des nombreuses plateformes de streaming afin de promouvoir toute création cinématographique. Les œuvres cinématographiques Congolaises ne sont pas présentées sur la majorité des plateformes. Même si la volonté y est, notamment en mettant quelques vidéos  en ligne sur des réseaux sociaux tels que Youtube, beaucoup d’efforts restent encore à faire. 

Depuis quelques années, le streaming vidéo est devenu l’un des moyens les plus appréciés de consommer films et séries dans le monde. Malheureusement cette réalité n’est pas encore totalement effective en RDC ou les infrastructures pour la distribution d’internet ne sont pas encore totalement au point.

Il faudrait donc attendre encore quelques années avant de voir la majorité des consommateurs utiliser sans retenue les différentes plateformes de streaming. Mais pour l’instant, elles peuvent aider à promouvoir le cinéma congolais à l’extérieur du pays.

Aucune remise en cause des thématiques et des genres proposés

Ce n’est un secret pour personne : la condition pour qu’un film cartonne et que ce dernier soit intéressant et qu’il capte l’attention de plusieurs personnes. Sans thématiques intéressantes, pas de film intéressant. Les films congolais sont pour la plupart théâtralisés, ce qui ne capte pas nécessairement l’attention de tout le monde.. Loin de nous l’idée de pouvoir prétendre qu’un genre est plus intéressant qu’un autre. Le fait est que  tout le monde n’a pas les mêmes exigences en matière de cinéma et chaque spectateur se forge sa propre opinion en regardant un film. Toutefois, pour convaincre un minimum le public et accroître ses chances de séduire un public international de plus en plus exigeant, l’industrie du film doit être en mesure de produire des films de plusieurs genres et abordant plusieurs thématiques. 

Un film doit également être soigneusement réalisé. Ainsi donc et en principe, un bon film ne comporte pas ou alors très peu de ratés (son, image, jeu d’acteur) et il peut impressionner par sa réalisation technique. Même si c’est l’un des critères phares pour le succès d’un film, ce critère est  lui aussi relativisé.

La production cinématographique Congolaise à du chemin à faire avant d’éclore et de diffuser l’image de la RDC en Afrique et dans le monde. Elle est constituée de plusieurs industries régionales indépendantes les unes des autres et ancrées dans des contextes linguistiques et socioculturels différents. Ces différences linguistiques et socioculturelles sont dues au fait que le pays possède plusieurs groupements de peuples qui parlent des dialectes différents selon les régions du pays dans lesquelles ils se situent.

Le cinéma, c’est ainsi l’art de réaliser un film et de le diffuser. Des progrès doivent donc être réalisés dans ces deux domaines pour produire des films  d’un standard acceptable.

La réalisation des films Congolais devra aussi tenir compte des valeurs, des codes de genre (fantastique, action, comédie, drame…) et comme dans toutes autres formes d’art, elle devra également  s’adresser aux sens, aux émotions et à l’intellect.

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