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L’Afrique, premier producteur de fèves de cacao : quel avenir ?

Bien qu’on ait du mal à le croire, le cacao était à l’origine une plante exclusivement américaine. Seulement aujourd’hui, l’Afrique déjoue tous les pronostics et se place au rang de premier producteur mondial de fèves de cacao.

Loin d’être un titre honorifique, cette position devrait au moins induire une certaine dominance pour la production du chocolat, ce qui n’est malheureusement pas le cas. Qu’est-ce qui explique ce fait et quels sont les enjeux de la production de cacao en Afrique ? Avant d’aller dans les détails, il faudra d’abord faire l’état des lieux quant à la production de cacao sur ce continent.

Culture du cacao : une production dominée par l’Afrique !

Le cacao est une plante américaine devenue africaine. Sa production se place en troisième position sur le plan mondial après celles du sucre et du café. Cependant, en dépit de ses origines, le cacao est aujourd’hui attribué à l’Afrique, puisque sa production est estimée à environ 70 % de la production mondiale.

Tout le mérite revient particulièrement à la Côte d’Ivoire qui à elle seule, produit près de 2000 tonnes de fèves de cacao par an. Ceci représente en 2020 environ 43 % du quota mondial. On comprend donc pourquoi la Côte d’Ivoire est classée au rang de premier producteur mondial de cacao.

Ensuite, son voisin le Ghana se place en deuxième position avec une production estimée à plus d’un million de tonnes par an. Ceci représente également un taux non négligeable qui place le Ghana au deuxième rang mondial. Le troisième pays qui gonfle les chiffres de la production cacaoyère en Afrique est le Cameroun qui laisse ainsi l’Indonésie s’identifier à la 4e place mondiale.

En dehors de ces trois principaux pays qui pèsent considérablement sur le marché mondial, on distingue également d’autres pays qui s’affichent au classement continental. Entre autres, il s’agit du Nigéria, du Bénin, du Togo, de la Guinée, etc.

Avec une telle part, on s’attendrait à ce que le continent soit également cité parmi les plus grands producteurs de chocolat, ce qui n’est malheureusement pas le cas.

Le paradoxe entre la production de cacao et la production de chocolat

Les statistiques précédemment mentionnées sont liées à la production de fèves de cacao. Il s’agit d’un élément brut qui sera premièrement transformé en poudre de cacao puis en chocolat.

Bien que l’Afrique compte sur son territoire les deux plus grands producteurs de fèves de cacao au monde, la plus grande partie du chocolat disponible sur le marché continental est d’origine étrangère. Ceci est un véritable paradoxe qui trouve tout de même une explication logique.

En effet, l’économie du continent est essentiellement basée sur les exportations de matières premières. Le comble est que ces matières sont vendues à l’état brut sans la moindre transformation et donc sans valeur ajoutée. Les pays européens sont les principaux importateurs de fèves de cacao.

Contrairement à l’Afrique, ceux-ci ont une économie industrielle, basée sur la transformation. Ainsi, le marché du chocolat qui est très florissant rapporte bien plus de bénéfices à ces importateurs plutôt qu’aux producteurs. C’est une situation qui crée donc d’énormes disparités quant à la répartition des revenus engendrés par l’industrie chocolatière mondiale.

Plus précisément, avec environ 100 milliards de dollars générés, les pays producteurs exportateurs de cacao brut et consommateurs de chocolat ne captent que 6 %. De ce montant, seulement 2 % reviennent aux paysans eux-mêmes qui sont les véritables producteurs.

C’est un déséquilibre très important qu’il faudra corriger en adoptant de nouvelles politiques de gestion de la production africaine de cacao.

Les enjeux de la production de cacao : quel avenir ?

S’il y a bien une explication au fait que l’Afrique soit le plus grand exportateur de cacao, c’est qu’elle manque de moyens pour transformer les fèves qu’elle produit. C’est d’ailleurs le cas pour toutes les autres matières premières. La transformation des fèves de cacao est quasi inexistante sur le continent.

La faible industrialisation est donc la cause majeure qui explique cette situation. Il serait donc intéressant pour les investisseurs africains de s’intéresser à la filière afin de rehausser la valeur du cacao africain en ajoutant une plus-value.

L’installation des unités de transformation et de production de chocolat permettra alors de desservir les grands pays consommateurs. À la longue, l’Afrique pourra être compté parmi les plus grands producteurs de chocolats mondiaux, ce qui ne sera que bénéfique pour son économie.

En dehors de cet aspect, il faut également souligner que l’Afrique devrait être un puissant marché de consommation de chocolat. Malheureusement, le continent, avec ses 1,3 milliard d’habitants, représente pourtant un marché faible pour le chocolat à l’échelle mondiale.

La consommation par habitant est évaluée en moyenne à 0,5 kg/an par habitant alors que sur les marchés occidentaux, elle est comprise entre 4 et 12 kg. Cela voudrait dire que les produits chocolatiers ne pourraient pas être écoulés sur le territoire africain. La population est majoritairement pauvre, le chocolat est donc attribué à une classe plus ou moins aisée.

Dans ces conditions, le problème de la redistribution de la richesse n’est pas toujours résolu. Toutefois, les études semblent affirmer qu’une classe moyenne naissante pourrait rééquilibrer les choses et permettrait de consommer environ 50 % de la production sur place.

L’émergence de cette classe moyenne aura un impact économique et social avec une augmentation des revenus des ménages, de quoi augmenter les dépenses de consommation.

D’un autre point de vue, l’essor du « made in Africa » en matière de production de chocolat permettra aussi de mieux positionner les producteurs africains sur la balance mondiale. En dépit de la faiblesse du marché, certains entrepreneurs réalisent le potentiel que représentent la production toujours croissante et le marché de plus en plus prometteur.

Ainsi, on constate que les deux premiers producteurs mondiaux, notamment la Côte d’Ivoire et le Ghana prennent les devants. Les marques « Instant chocolat “et ‘57 Chocolate‘ dès leur lancement promettent déjà de concurrencer la célèbre marque Nestlé en Afrique. Au Bénin, la marque Gounou propose également des tablettes de chocolat, mais aussi de la pâte à tartiner.

Dès que les moyens seront plus importants, une extension au marché international serait idéale pour valoriser le travail des producteurs africains. Cependant, ces initiatives privées ne pourront réellement porter leurs fruits que lorsqu’elles seront soutenues par les politiques publiques des pays concernés.

Le développement de l’industrie du chocolat en Afrique permettra de booster l’économie du continent et de mieux valoriser l’une des nombreuses matières premières qui y sont produites.

Au total, bien que l’Afrique soit classée comme première productrice de fèves de cacao, elle demeure exportatrice à l’état brut de sa production. Ceci affecte négativement son économie et il est temps de repenser à mieux valoriser cette culture dont elle détient le monopole.

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